Charles Canetti, un directeur de transition qui a la bougeotte

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LE MONDE ECONOMIE | 

Charles Canetti, un directeur de transition qui a la bougeotteCertains réparent la plomberie, Charles Canetti, lui, répare les entreprises. A 64 ans, il est dirigeant de transition. En cas d’urgence, les entreprises lui confient temporairement les rênes d’un poste clé. « Mon métier est de faire marcher les organisations qui ne fonctionnent pas bien, et pas de les fermer. Je suis un apporteur de solutions », explique-t-il.

Car cet ancien cadre dirigeant a accumulé une expérience précieuse. « J’ai changé de vie professionnelle tous les dix ans », explique-t-il. Polytechnicien, il débute dans l’administration, en préfecture, puis au ministère de l’industrie.

En 1981, il entre chez le fabricant d’ascenseurs Otis. Il modernise une usine, les chantiers, dirige les ascenseurs de Paris. Avant de tourner en rond et de quitter l’entreprise. Il intègre une filiale de Cogema, l’ancêtre d’Areva, où il modernise l’informatique. Plus tard, il rejoint Geodis, où il crée une direction centrale des systèmes informatiques.

A l’époque, sa bougeotte détonne : « On construisait sa carrière en essayant de rester le plus longtemps possible dans la même boîte », se souvient-il. Certains le qualifient d’instable, lui répond aimer les défis. Il se voit comme un précurseur : « Maintenant, quand je vois les jeunes changer d’entreprise tous les quatre ans, je me dis que j’avais vingt ans d’avance. »

CONTINUER CE QU’IL AIME FAIRE

Charles Canetti voit une continuité dans ce parcours. « Pendant longtemps, je n’en ai pas eu conscience, mais toute ma carrière j’ai corrigé des organisations qui ne marchaient pas« , sourit-il. Du coup, lorsqu’il se fait licencier à 54 ans, il décide de continuer ce qu’il aime faire. Sauf que cette fois, il sera indépendant. Il crée son entreprise en 2003 et devient dirigeant de transition.

Comme « il y a un moment dans sa carrière où il faut se consacrer à ce à quoi on est vraiment bon », il se spécialise dans la gestion des systèmes d’information. Car les faiblesses de l’informatique peuvent rejaillir sur le chiffre d’affaires d’une entreprise.

Il se souvient d’une mission dans une société de transport : « L’informatique ne marchait pas. Au point que les documents de tournée que les chauffeurs-livreurs devaient récupérer le matin sortaient avec du retard, ce qui se répercutait sur toute leur journée », se souvient-il. Les crises peuvent aussi jaillir de situations positives.

HABITUÉ AUX DIFFICULTÉS ET À LA MOBILITÉ

Comme dans le cas de cette entreprise qui fabriquait des équipements et des molécules pour l’industrie pharmaceutique : « Elle avait été rachetée par un fonds d’investissement qui avait décidé de regrouper les dix filiales sous l’autorité d’un seul directeur général. Ma mission a consisté à clarifier cette situation en unifiant les équipes et les projets. J’ai notamment créé une messagerie unique. »

Dans ses valises, ses multiples expériences sont un précieux atout. Car il en est persuadé, pour être dirigeant de transition, il faut être habitué aux difficultés et à la mobilité. Et les aimer : « Une personne qui est restée trente ans dans la même entreprise ne sera pas à l’aise dans ce métier. Ce n’est pas fait pour tout le monde », affirme-t-il.

Pour lui, cette activité indépendante est un moyen de gérer la deuxième phase de sa carrière. « Cinquante ans, c’est l’âge où on renonce à être président de la République ou de Total, plaisante-t-il, où on accepte de ne pas avoir un salaire qui tombe tous les mois et où on a de l’expérience. Là, j’ai pu me payer le luxe d’être indépendant. »

Un luxe, car cet ancien abonné aux contrats à durée indéterminée (CDI) préfère désormais sa liberté. Il peut choisir « les stress qu’il aime et ceux dont il ne veut plus ».