La Chine oui… mais ?

La Chine eldorado systématique du rapport qualité/prix ? Ou l’expérience vécue d’un Amadeussien cet été, qui peut permettre de réfléchir sur la coopération avec les industriels locaux.

Certes, il y a un discours général extrêmement porteur sur la Chine : pays quasi imbattable sur le rapport qualité/prix sur de nombreux produits notamment de haute technologie. Qu’en est il sur un segment banalisé de produits usuels comme ceux des contreplaqués bois ?

La première région productrice de contreplaqués (région de ZANGZHOU au nord de Shanghai) compte 3.000 usines pour 6 dans toute la France. L’essentiel du travail de fabrication est manuel par rapport à un système industrialisé à l’européenne. Ajoutons qu’un ouvrier de fabrication travaille 12 heures et 6 jours par semaine (salaire moyen : 100 €/mois sans charges).

Les placages en peuplier, servant à la fabrication de l’intérieur des contreplaqués sont produits par des agriculteurs qui se dotent d’une petite dérouleuse (transformant le tronc en éléments plats). Les placages sont séchés dans les champs, à l’air libre.

Seules quelques usines disposent d’un séchoir permettant de coller les placages à un taux d »humidité de 8%. Les autres collent à environ 14% entraînant des décollements. La colle est aussi, assez souvent, de mauvaise qualité. Tous ces éléments peuvent expliquer en grande partie la faible fiabilité de ces produits, pourtant utilisés en bâtiment, constructions marines et maritimes, ou mobilier : des produits appelés souvent à durer.

Les grumes de peuplier (donc qui servent à faire l’intérieur, l’âme des plaques) sont locales. Des étendues très importantes ont été plantées. Les coupes sont accélérées, les arbres abattus à 4 ans contre 7 en France. Malgré cela on est passé de 60 $ le m3 à aujourd’hui, plus de 100 $/ le m3 soit le même prix que… les grumes françaises.

Certaines usines sont d’ores et déjà en difficultés financières, n’arrivant pas à obtenir des augmentations de leurs prix de vente et devant supporter les hausses de prix des matières premières. Les bois tropicaux qui servent à faire les faces (donc l’extérieur) des contreplaqués sont importés essentiellement de la Papouasie Nouvelle Guinée. A un degré moindre de Malaisie et même du Surinam. Notons la pression de Green Peace, très forte pour essayer de réduire les volumes importés par la Chine, actuellement sans grand succès.

Les droits de douanes sur l’importation des grumes sont de 13%. Ces droits sont récupérables lors de l’exportation des contreplaqués. Les principaux marchés livrés sont les Etats Unis, l’Angleterre, l’Espagne, le Moyen Orient et la Corée pour les plus basses qualités. Peu, voire pas, en France.

Outre les coûts de l’intermédiaire Chinois, qu’il est indispensable d’avoir, pour travailler dans ce pays, il ne faut jamais oublier qu’un producteur Chinois dit toujours oui. S’il ne peut pas livrer, il s’arrangera avec l’usine la plus proche qui, elle, ne produit pas nécessairement la qualité souhaitée.

En un mot :

  • vous voulez des prix : la Chine est actuellement imbattable,
  • vous voulez des qualités : dans ce cas, Europe et Chine se départagent « sur le poteau ». Pour sécuriser la qualité du produit, mieux vaut acheter en Europe !

En conclusion : la Chine est incontournable dans un univers hyper concurrentiel… mais sur certains créneaux, même banalisés, nous avons de bons atouts qu’il nous faut considérer, valoriser et…donc travailler.

Didier Boudineau