Encore basée sur le sérieux, la séduction germanique ?

Management et relations franco-allemandes dans l’entreprise

La récente coupe du monde de football a conduit à mettre un coup de projecteur sur l’Allemagne d’aujourd’hui. Certes son équipe n’a pas été championne mais une nouvelle fois, l’Allemagne a affirmé sa capacité à organiser, animer, faire vivre de grands moments de liesse et d’enthousiasme à tous les amateurs du monde entier, venus participer à cet événement.

Changement et continuité

Au-delà des qualités propres et reconnues aux Allemands, comme par exemple, la rigueur et le sens de l’organisation dans le moindre détail, le pays tout entier a su séduire par une réelle chaleur dans l’accueil, auquel nul n’était habitué. Séduction renforcée aussi par l’image d’un pays conscient de la nécessité du changement et de l’adaptation à un nouvel ordre économique et surtout prêt à faire les efforts nécessaires pour parvenir à ses objectifs. A travers quelques exemples et anecdotes tirés de nos expériences du management et des relations franco-allemandes dans l’entreprise, ou de notre vie en société outre Rhin, nous avons cherché à faire ressortir quelques exemples clés qui peuvent expliquer les progrès réalisés par l’Allemagne au cours d’un passé récent, exemples tirés de l’organisation du travail et de la vie sociétale.

Tranquille, la force

En arrivant dans une entreprise allemande, vous êtes surpris par le fait que tout se passe normalement, calmement, sans qu’il soit nécessaire de répéter à chacun, de vérifier régulièrement ou de contrôler ce qu’on attend de lui. Chaque membre de l’équipe connaît le rôle qu’il a à jouer et aime le jouer de manière très professionnelle. Par prudence, il se gardera de marcher dans le pré carré de son voisin car pour lui, une seule chose compte : remplir parfaitement sa mission. Un collaborateur (trice) préfèrera limiter son domaine de compétence mais dans ce domaine, il s’attellera à être très bon et même le meilleur, et surtout à ne pas être pris en défaut. Cette spécialisation pourrait entraîner des lourdeurs si la communication et les échanges souvent informels, entre les différents intervenants dans une opération ne conduisaient à sa réalisation avec succès, sans une quelconque intervention hiérarchique.

Eclectique, la formation

Le mode de formation, tant en entreprise à travers l’apprentissage, que dans les universités contribue largement à une ouverture et une connaissance des divers rouages de l’entreprise qui permettent de s’exprimer et de se réaliser dans le domaine de spécialités choisies. Ainsi vous rencontrerez souvent des étudiants qui travaillent en parallèle l’histoire et le dessin ou les mathématiques et la géologie,

Appliquée, la décision

Certes, dans l’entreprise de nombreuses réunions sont nécessaires pour faire vivre ensemble, partager, s’engager sur un même objectif des spécialistes venus d’horizons différents et complémentaires. Mais lorsque la décision aura été prise, mille fois documentée, chacun repartira avec la connaissance de ses responsabilités et de ses moyens, qui devront faire avancer l’ensemble vers l’objectif commun. Contrairement à d’autres cultures,-nous laisserons le soin à chacun de se reconnaître éventuellement ! personne ne quittera une réunion sans connaître l’objectif auquel il adhèrera, .ou en marmonnant « l’objectif fixé est inatteignable », « la décision est mauvaise » « je ferai ce que je veux ».

Dupliqué, le modèle

Ces réunions manqueront parfois d’envolée, d’émotions propres aux Latins, pour laisser la place aux faits. Eux seuls et, les résultats, conduisent en effet à faire progresser la réflexion. La qualité des résultats obtenus conduit parfois à considérer que le modèle développé est un modèle universel qui peut être appliqué à tous avec le même succès. Dans ce pays connu pour sa réussite économique, particulièrement à l’exportation, il est intéressant de noter un manque d’ouverture ou d’intérêt aux solutions proposées par d’autres. La prise de conscience des particularismes culturels, émotionnels des autres, n’est pas forcément vue comme une nécessité. Le modèle développé ayant connu des succès doit pouvoir s’imposer a priori, et logiquement à tous.

Méritant d’être évoqués, voici quelques rapides traits de comportement en société qui aident à lire le mode de vie des allemands :

  • Ne vous amusez pas à laver votre voiture ou à tondre votre gazon le dimanche, vous auriez dû le faire le samedi, gare à ceux qui ne l’auraient pas fait. Vous faites partie d’une catégorie de la société ou d’un quartier qui ont leurs règles, et que vous devez respecter.
  • Ne roulez pas avec un véhicule ne correspondant pas à votre rang hiérarchique ou social, vous risqueriez de discréditer vos pairs
  • Participez à des soirées d’hommes ou de femmes seules ou à ces « Stammtisch (°) » où vous échangerez très librement sur les sujets les plus variés
  • Les fêtes, ou les jubilés en entreprise sont des occasions de faire vivre ensemble tous les membres d’un même groupe, sans retenues particulières liées à un niveau de subordination. Ne pas participer à ces manifestations risque bien, au contraire, de vous exclure de la vie commune. Ces manifestations sont l’occasion de resserrer les liens de la communauté au travail et doivent permettre de réussir ensemble. Les mutations positives que connaît l’Allemagne d’aujourd’hui sont la conséquence de ces quelques exemples tirés d’une multitude d’autres exemples. Même si la grande coalition mise en place lors les dernières élections connaît parfois des difficultés, elle arrive à progresser pas à pas, sans connaître les marche arrière, les échecs, comme on peut en voir dans d’autres pays.

(°) définition : table ouverte et réservée de manière systématique et hebdomadaire permettant de se retrouver entre collègues, membres de cercles, amis etc.

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