Le capitalisme total

Note de lecture

De Jean Peyrelevade
Collection La république des idées
Le Seuil

Une thèse qui ne va pas nécessairement plaire à tout le monde… mais qui a le mérite de proposer une explication sur le fonctionnement du capitalisme aujourd’hui. Et ses implications.

Environ 300 millions d’actionnaires possèdent la quasi-totalité de la capitalisation boursière mondiale. Répartis principalement en Amérique du Nord, en Europe, Chine et Asie, ces actionnaires ont confié la moitié de leurs avoirs financiers à des gestionnaires qu’ils ont mandatés pour obtenir les meilleures performances à court terme possibles : les courtiers. Ceux-ci ont de fait maintenant tout pouvoir d’enrichir leurs clients.

Face à ces courtiers, les présidents des sociétés sont devenus prisonniers d’une « cage dorée » et des seules règles de la corporate governance. Cette nouvelle donne installe un nouveau modèle du capitalisme littéralement cupide qui dépasse la légitime volonté d’entreprendre et de réussir, sans contre pouvoir, d’où sa qualification de « total ». De plus il est sans visage, anonyme et mondial, se moquant quasiment du pouvoir politique.

Si l’on veut changer ce règne sans partage qui capte le monde et ses richesses, c’est d’abord en Europe puis clairement à Wall Street qu’il s’agirait de faire changer les règles de la corporate governance, et de reposer la question : l’intérêt social de l’Entreprise se confond-il avec celui des actionnaires ou est il plus large ? Comment respecter les principes d’une citoyenneté ? Comment réinclure le marché dans le champ du politique et de la démocratie.

L’affaire n’est pas jouée loin s’en faut. Mais on attend de nos dirigeants de demain qu’ils parviennent à vider de pertinence la prédiction désenchantée de Raymond Aron : « l’expansion économique ne garantit jamais le respect des valeurs politiques. L’accroissement de la richesse globale ou même la réduction des inégalités économiques n’impliquent ni la sauvegarde de la liberté personnelle ou intellectuelle, ni le maintien des institutions représentatives. Bien plus (…), les sociétés sans aristocratie, animées par l’esprit de négoce et le désir illimité de richesses, sont guettées par la tyrannie conformiste des majorités ».Oui le monde est menacé par un redoutable conformisme : celui d’un totalitarisme anonyme, d’un paradigme impossible où triompherait le rêve d’un enrichissement individuel sans limite.