Avertissement aux « would-be »* Dirigeants de transition

Vous avez la belle trentaine glorieuse, dynamique, bronzée et pleine d’avenir ? Cet essai ne vous concerne pas. Enfin, pas encore. Certes, vous avez entendu parler de ce métier de Dirigeant de transition, d’Intérim manager, ou autre dénomination gravitant autour de la notion de CDD ou management temporaire, mais avec des connotations plutôt positives : une certaine liberté de choix, une gestion très personnelle de sa trajectoire, des périodes sabbatiques « à sa main », une rémunération attractive… Pourquoi ne pas essayer ?

Devenez d’abord quadra-largement-confirmé, c’est-à-dire, presque, ou même véritable quinqua, voire plus. En effet, dans ce métier, l’âge de la retraite n’est pas une limite. En outre, évitez d’avoir à votre actif un parcours sans faute : entre vos multiples réussites, quelques belles erreurs stratégiques – dont vous aurez, bien sûr, tiré de fortes leçons – quelques nouveaux produits, qui n’ont pas connu le succès espéré, ou ont été un flop, plusieurs restructurations, toujours difficiles, avec des reclassements plus ou moins réussis (on a parlé de vous dans des gazettes locales, en termes pas toujours flatteurs) autant d’atouts pour cette nouvelle aventure que vous abordez.

Vous avez aussi procédé à un ou plusieurs licenciements individuels de Cadres de votre « premier-cercle », avec qui vous aviez longtemps travaillé, de façon très proche, en totale confiance – totale ? –, sur qui vous avez longtemps compté. Et puis, après de terribles doutes et hésitations, non, finalement, il n’y avait pas d’autre solution. Un véritable crève-cœur !
Car, bien sûr, vous aviez pleinement conscience de créer un drame personnel et familial…

Mais vous aussi, vous avez été « remercié ». Pas nécessairement avec un « golden handshake », et pour des raisons évidemment aberrantes. Car vous étiez un Directeur Général efficace, apprécié du personnel, en assez bons termes avec les syndicats et, de plus, votre résultat était tout à fait présentable, nettement meilleur, même, que celui de l’année dernière. On n’avait d’ailleurs pas manqué de le souligner lors du dernier Conseil.

Alors ?

Alors, certes, il y avait ce jeune cadre – le neveu du PDG – de quelle Ecole déjà ? Supélec. En plus, bien sûr, Harvard , puis quelques années chez Arthur Andersen (c’était bien avant Enron…), et qui venait de diriger pendant 2 ans la filiale du Brésil. Et maintenant, le voici Calife à la place du Calife. Vous croyiez être quelqu’un, et vous réalisez tout à coup que vous n’étiez guère plus qu’une fonction. Les autres, ceux qui restent, sont déjà tout occupés de leur propre avenir avec « le nouveau. »

Evénement très formateur !

Formateur ? Vous vous souvenez des dernières paroles du Président – avec qui vous étiez pourtant, croyiez-vous, en excellents termes – « Ce n’est pas la fin du monde ! Vous verrez, dans quelque temps, quand vous aurez retrouvé une situation – et pour un homme de votre valeur, c’est l’affaire de, pfff, … – que cet événement, désagréable sur l’instant, j’en conviens, comporte des aspects positifs ! ». Vous vous êtes bien demandé lesquels, pendant vos longs mois d’Assedic, bien plus longs que le pfff… du Président.

Un des aspects positifs de cette sorte de situation, justement, c’est bien l’impérieuse nécessité « de s’en sortir », c’est-à-dire, face à une certaine épaisseur d’adversité, de trouver en soi l’énergie et la détermination de chercher et finalement trouver, une nouvelle base de départ.

Avoir été exposé à toutes sortes de situations, dans plusieurs Entreprises, des secteurs variés, avoir été contraint de s’adapter rapidement à de multiples contextes dérangeants, presque toujours imprévus, où la confortable extrapolation du déjà vécu est le plus souvent suicidaire, avoir expérimenté des ruptures de trajectoire, des chocs personnels, avoir dû bouleverser, au lieu de faire prudemment évoluer comme on l’apprend dans les écoles, tel est le bagage minimum nécessaire, mais non suffisant, de celui qui envisage de se lancer dans ce métier de dirigeant de transition, en fort développement en France et en Europe. Ajoutez-y une bonne dose d’humour, un penchant certain pour l’incertain, du goût pour la solitude des petits matins blêmes, les nocturnes partagées aux sandwiches, bières, paper board… pour des lendemains qui chantent !
Bon courage !

* would be = aspirants

 

Jean Lachaud
DG de Transition