Point-de-vue-de-l'Expert-d-Amadeus-Dirigeants

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les fonds d’investissement sans jamais avoir osé le demander

Les fonds d’investissements sont des acteurs incontournables de la vie économique que ce soit en France ou à l’international. Leur raison d’être, leur fonctionnement sont réservés et maîtrisés par une population experte issue du monde de la finance.

Notre souhait est de donner aux non–experts quelques clefs pour mieux comprendre les fonds de Private Equity.

Pour nous aider, j’ai fait appel à Laurent Roquette, Directeur des Participations chez Agro Invest, ESSEC, acteur actif dans les fonds depuis plus de 15 ans, qui a accepté de répondre à différentes questions et de nous donner les éclairages nécessaires pour une meilleure compréhension.

Qu’est qu’un fonds de Private Equity ? Un fonds, c’est « un véhicule », pour placer de l’argent pour le compte de souscripteurs avec un profil de risque et de rendement bien précis. C’est une structure juridique avec des règles du jeu définies, à la durée de vie qui est précisée à l’avance (en général 5 ans). Ce véhicule de placement est confié à une équipe de gestion à qui est donné un chèque en blanc pour faire fructifier les fonds confiés selon toute latitude pour définir la politique d’investissement et gérer les mandants confiés à chaque équipe. Quand on parle de philosophie, il est important de bien connaître les risques acceptés et refusés par le fonds mais aussi de choisir les secteurs de prédilection dans lesquels le fonds aura décidé ou non d’investir. Certains fonds préfèrent avoir des managers en entreprise qui savent ce qu’ils veulent, qui ont des business plans bien établis et où dans ce cas le fond joue plus le rôle d’accompagnant. D’autres fonds savent exactement ce qu’ils veulent et préfèrent dans ce cas avoir plutôt des patrons qui les accompagnent sur le plan opérationnel. Cela fait aussi règle à l’implication des fonds dans la gestion de l’entreprise et à leur « âpreté au gain ».

Fonctionnement entre le fonds et le dirigeant : Les équipes opérant dans les fonds d’investissement ont généralement des têtes bien faites, avec un profil grandes écoles et une expertise en conseil stratégique et/ou banque d’affaires. Il faut les nourrir avec des chiffres qui leur permettront de développer leur capacité analytique. Ils aiment comprendre et décortiquer les chiffres et les données. Dans l’entreprise, le dirigeant devra outre sa capacité à dialoguer avec le fonds posséder une vraie capacité managériale (qui n’est pas le cœur de métier des fonds d’investissement) pour mener à bien sa mission. Il y a une vraie relation de confiance à établir rapidement, les fonds n’aimant pas les surprises, bonnes ou mauvaises.

AE5_ART_3Le LBO (Leverage buy out) en quelques mots : C’est le rachat d’une entreprise avec mise en place d’un effet de levier ; à savoir financer (maximum du prix d’achat) par de la dette remboursée par l’entreprise permettant d’optimiser les capitaux investis par les fonds. Pour imager la situation, « le LBO c’est de la dynamite placée au bon endroit sur la roche qui s’y prête bien ». L’effet de levier peut-être extrêmement puissant mais le niveau d’endettement est à bien calibrer car il peut être fatal ! Comme de la dynamite.

Quelques critères importants pour l’entreprise cible : se trouver sur un marché porteur, de préférence avec une « dynamique stable » que fonctionnant de façon cyclique, une capacité à mettre des prix plutôt élevés avec à la clef des parts de marché importantes, le tout en limitant l’environnement concurrentiel et idéalement sans trop d’investissements. Contrairement aux idées reçues, la croissance n’est pas une obligation. Par contre la récurrence des cash-flows, là il n’y a aucun doute. De ce fait, il est capital de maîtriser et piloter les risques économiques, financiers, la gestion opérationnelle, et l’organisation de l’entreprise, d’où la nécessité d’un reporting serré demandé aux dirigeants. A noter que les fonds d’investissement rémunèrent très bien les managers qui leur font gagner de l’argent.

La clé du succès du LBO : une très bonne maîtrise financière et une gestion optimale de la courbe en J !

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Au départ, il faut arriver avec des projets d’investissement clairement identifiés en recherchant un break-even au bout de 3 ans environ. Ces projets devront assurer la croissance et permettre de rembourser la dette en générant le cash-flow nécessaire. Important : prévoir d’identifier avant la cession les prochains relais de croissance. En clair sur quel bouton le nouvel investisseur devra appuyer pour réussir lui aussi son LBO.

Pour réussir toutes ces opérations, les fonds s’appuient sur des compétences extérieures, je dirais même plus sur des expertises extérieures. Là où les relations privilégiées sont les principales sources des fonds d’investissements, mais de plus en plus les fonds font aussi appel aux plateformes d’expert essentiellement dans des opérations de pré-due diligence mais aussi à d’autres occasions. Les plateformes sont assez nombreuses, parmi les plus connues on peut citer GLG Research, Cognolink ou Alphasights, à signaler aussi Experts Council, nouveau sur le marché.

Voilà quelques éclairages qui je l’espère répondront aux non-initiés. Le sujet est vaste et demanderait bien sûr à être encore développé, à l’occasion d’une prochaine newsletter ? La gouvernance au sein d’un fonds et la gouvernance existante entre le fonds et le dirigeant est un vrai sujet !

Merci encore à Laurent Roquette pour son aide.

Christophe De Rolland est un pilote des situations complexes dans la distribution. Il a notamment participé à la restructuration du groupe Boulanger suite au rachat de Saturn, au retournement et à la cession des enseignes Omoté et Steiner (groupe Cauval) et récemment, redressé Pouly (enseigne de boulangerie/snaking suisse) permettant l’arrivée d’un nouvel actionnaire. »