Le-billet-d-Aristide

Pierre philosophale

Deux fois il m’est arrivé d’entrer dans une usine et d’être envahi du pressentiment glacial qu’elle ne survivrait pas longtemps. Savoir-faire peu différenciateur, lacunes de compétences-clés, outil industriel irrémédiablement usé.

Plus aucune raison d’injecter les sommes nécessaires au rétablissement, plus jamais on n’y trouverait la rentabilité. Hélas, j’avais raison. Et heureusement, je n’étais pas chargé du redressement de ces usines.

Mais deux fois aussi, j’ai eu en entrant en mission l’intuition que le redressement se trouvait à portée de main, malgré les certitudes de la plupart des salariés et de la maison-mère. Le savoir-faire était là, intact ou presque. L’outil de production, devenu obsolète pour la grande série, irait très bien pour la petite série. Et puis la grande série se fabriquait en Allemagne et en Chine, alors que le marché de la petite série livrée vite, ne demandait qu’à se développer.

Nouveau paradigme : on vend, cher, du délai court sur des moutons à cinq pattes. Il a fallu se retrousser les manches. Révolution culturelle. Mais au fur et à mesure que le changement prenait, le découragement, la certitude de la défaite, étaient remplacés par l’envie de réussir et la foi en l’avenir. Les salariés, les mêmes qu’avant, voulaient maintenant gagner et se réaliser, les clients revenaient.

C’est aussi ça le management de transition : oser transgresser les certitudes et les habitudes. Rechercher l’or dans le plomb.

Aristide Schlienger, membre d’Amadeus Executives.

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